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jeudi 27 octobre 2016

Effets des théories de l'apprentissage sur la pratique de l'enseignement

Profession : gestionnaire de projet de connaissances
Par Marie-Claude Petit
Après avoir passé en revue les théories de l'apprentissage que sont le behaviorisme, le cognitivisme et le constructivisme (Tardif, 1997; Jonnaert, 2006; Ertmer et Newby, 2013; Ménard et St-Pierre, 2014), j'entrevois certes plusieurs effets possibles sur ma pratique d'enseignante. Toutefois, deux d'entre eux s'imposent avec force.
Le premier effet, immédiat celui-là, fut de réaliser combien je suis bien davantage qu'une « enseignante à l'université ». À la lumière des rôles et responsabilités qu'attribuent Ertmer et Newby (2013), et avant eux Schön (1994), aux professionnels dans l'enseignement, j'exercerais plutôt une profession, soit celle de gestionnaire de projets de connaissances.
Gestionnaire parce que tour à tour, aux fins d'enseigner, je fixe des objectifs d'apprentissage, conçois des activités, décide en fonction des buts visés, planifie, organise des situations d'apprentissage (LEM, n.d.), communique et engendre des savoirs et habiletés (Legendre, 2005), contrôle en continu les avancées (celles des étudiants et les miennes) et, lors de mes retour sur expérience, je tâche d'apprendre de mes essais/erreurs (retour sur expérience).
De projets parce que mes charges de cours sont des mandats dont la réalisation m'est confiée par mon département. Des mandats qui, tel des projets classiques (PMBoK, 2013), ont : des dates de début et de fin prédéterminées, un calendrier (plan du cours), des jalons (retour sur les évaluations), un produit/service (le cours) à  livrer à des destinataires (mes étudiants de 1er et 2e cycles en gestion de projet) et nécessite la gestion de l'environnement et de parties prenants, etc.
Quant aux projets de connaissances (Boutinet, 1990), ce sont ceux des étudiants qui, après avoir ciblé leurs d'objectifs professionnels et personnels, ont décidé d'entreprendre et/ou de poursuivre une formation universitaire (Labruffe, 2005) dans le but non seulement diversifier et/ou de bonifier leurs connaissances actuelles (via des notions et activités signifiantes et transférables dans des contextes similaires) pour, entre autres finalités, améliorer leur situation socioéconomique.
Cependant, et c'est ce qui m'amène au second effet de taille provoqué par mes lectures, dans l'optique de satisfaire le plus grand nombre d'étudiants dans mes classes, je me dois de sortir de la zone de confort de mon propre style d'apprentissage (intuitif-pragmatique, selon le test ISALEM 97, inspiré de Kolb, 1976).
Comme l'exprime si bien Ertmer et Newby (2013), pour enseigner avec professionnalisme il faut non seulement être au fait des principes-clés des grandes théories de l'apprentissage mais aussi, tel un médecin, poser un diagnostic avant de décider laquelle des solutions d'apprentissage est la meilleure pour mes étudiants.
En ce sens, je me vois fort bien demander à mes étudiants, et cela dès la session Hiver 2017, de réaliser un test tel celui d'ISALEM 97 en guise de feedback. Puis, à partir des styles d'apprentissage recensés, concevoir des activités pédagogiques plus appropriées (ex. qui tablent sur leurs niveaux de savoirs, d'expérience, leur contexte, etc.). En partant ainsi du style d'apprentissage des destinataires de mon cours, plutôt que du mien (double-contrainte), je devrais être plus à même de favoriser, au fil de la session, l'apprentissage d'un plus grand nombre d'étudiants.
Au final, la prise en compte du triangle Apprenant-Stratégie-Contenu de Ertmer et Newby (2013), devrait améliorer ma gestion de projets de connaissances et contribuer à améliorer son niveau de réussite (ex. via taux de réussite et évaluation plus positive des étudiants).

Références
Boutinet, J.-P. (1990) Anthropologie du projet. Paris : Presses universitaires de France.
Ertmer, P.A. et Newby, T.J. (2013) Behaviorism, Cognitivism, Constructivism : comparing Critical Features from an Instructional Design Perspective. Performance Improvement Quarterly, 26(2), 43-71.
Enseigner. (2005) Dans R. Legendre, Dictionnaire actuel de l'éducation. Montréal : Guérin.
Joannert, P. (2006) Constructivisme, connaissances et savoirs. Tranfert, 3, 5-9.
Kolb, D. (1976) Learning Style Inventory, Self Scoring Test and Interpretation Booklet, Boston MA : McBer and Company.
Labruffe, A. (2005) La formation des adultes. Paris : AFNOR.
Laboratoire d'Enseignement Multimédia. (Non daté) Styles d'enseignement, styles d'apprentissage et pédagogie différenciée en sciences, Université de Liège, Belgique. En ligne : http://www.lmg.ulg.ac.be/competences/chantier/eleves/lem_art2.html Consulté le 26 octobre 2016.
Laboratoire d'Enseignement Multimédia. (1997) Inventaire des styles d'apprentissage ISALEM 1997. Université de Liège, Belgique. En ligne. http://www.lmg.ulg.ac.be/competences/chantier/eleves/lem4_testa_sup.html Consulté le 26 octobre 1996
Project Management Institute (2013) A Guide to the Project Management Body of Knowledge, 5e édition, Pensylvanie : PMI.

Schön, D.A. (1994) Le praticien réflexif. Montréal : Les Éditions Logiques (traduit de The Reflexive Practionner par J. Heynemand et D. Gagnon). Montréal : Les Éditions Logiques.
Tardif, J. (1997) La construction des connaissances. Pédagogie collégiale, 11(2), 14-19.   

1 commentaire:

  1. Billet très intéressant. J’ai d’ailleurs beaucoup aimé le petit test ISALEM 97, que je suis allé faire moi-même. Dans mon cas, je suis sur l’axe de X (donc à 0) à 3 ; donc, plus méthodique qu’intuitif, mais à la fois pragmatique et réflexif. Peut-être est-ce ma position plus centrale qui m’amène à me questionner sur votre réflexion. Je constate, vous me direz si j’ai tord, que vous demeurez dans une approche plus maître/élève, où vous avez la connaissance et eux doivent la comprendre. Me trompe-je?

    De plus, en vous nommant une gestionnaire de projet de connaissance, vous m’apparaissez donner une grande place au cognitivisme qui « emphasize making knowledge meaningful and helping learners organize and relate ne information to existing knowledge in memory » (Ertmer et Newby, 2013; p. 53). Or, je considère l’enseignant beaucoup plus comme un leader qu’un gestionnaire. Mintzberg (1973) différenciait déjà les deux concepts; l’un étant plus planificateur et l’autre plus visionnaire. Les étudiants ont besoin de direction, certes, mais surtout d’une vision. Le professeur est un acteur dans l’apprentissage et y participe, au même titre que l’apprenant. « Humans create meaning, [… learners] build personnal interpretations of the world based on individual experiences and interactions » (Ertmer et Newby, 2013; p. 55). Du moins, c’est ma façon de concevoir l’enseignement.


    Ertmer, P.A. et Newby, T.J. (2013) Behaviorism, Cognitivism, Constructivism : comparing Critical Features from an Instructional Design Perspective. Performance Improvement Quarterly. Vol. 26, no 2. P. 43-71.

    Mintzberg, Henry. (1973). The Nature of Managerial Work. New York: Harper and Row.

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