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mardi 7 mars 2017

Développer ses compétences pour former à distance

La dure mise à l'épreuve des savoirs, savoir-être, savoir-faire et savoir-apprendre de l'enseignant qui se lance dans l'aventure d'enseigner avec le numérique

Depuis deux semaines, la réalisation d'un projet pédagogique pilote, aux fins de ma participation en mars au Forum numérique (UQÀM, 2017), m'absorbe intégralement.
En plus de concevoir le scénario d'accompagnement, je coordonne l'enregistrement de courtes capsules vidéo mettant en vedette une gestionnaire de projet qui, sous la forme d'un récit de vie (Sanséau, 2005), raconte un cas récemment vécu dans le cadre de sa pratique ainsi que son dénouement (Bédard et al., 2005).
Cette initiative est destinée à mes futurs étudiants de 1er cycle du cours Introduction en gestion de projet. Le but visé est double. Par le mandat d'équipe que je leur assignerai, ils deviendront plus actifs dans leur apprentissage (Freeman et al., 2014) et s'initieront à la prise de décision dans des situations complexes (ex. allocation de ressources (Engwall et Jerbrant, 2003)). Un aspect de la formation en gestion de projet qui, d'après Thomas (2008), fait grandement défaut à l'université.
Quand cette idée de projet m'est venue, j'étais loin de me douter du nombre élevé de compétences que sa mise au monde nécessiterait!
À cet égard, certaines de celles que nous avions déjà partagées se sont révélée très utiles :
Compétences
Manifestation de leur utilité
Collaborer
Sans un partenariat et une bonne entente avec le coordonnateur du cours, le Carrefour techno pédagogique et la gestionnaire de projet sollicitée, point de salut!
Accompagner les étudiants
Sans l'élaboration d'un scénario d'accompagnement pédagogique, les capsules seules ne pourront prétendre atteindre les cibles visées pour mes étudiants.
Gérer la complexité
Sans mécanismes adéquats pour assurer la gestion des multiples interfaces (ex. apprenants, contenu du cours, média, etc.) (Branch, 2009), entrechocs assurés si ce n'est l'échec du projet!
Savoir s'effacer
Accepter que seule la gestionnaire de projet prenne la parole dans les capsules, question d'entièrement mettre en valeur son récit.
Adaptation à l'usage des TI
Croire qu'encapsuler un récit professionnel présente une plus value à moyen terme (réécoute possible, à tout moment, pérennité du projet) versus œuvrer à inviter un gestionnaire de projet en classe (une seule fois, le soir, invitation à réitérer la session suivante).

Cependant d'autres compétences me sont apparues incontournables en cours de route :

§  Être créatif : combiner les bonnes activités aux objectifs pédagogiques ça peut aller mais avoir en plus à y greffer des technologies... la pensée « out of the box » peut être salvatrice! 

§  Gérer les parties prenantes : avoir tout à la fois à satisfaire, à collaborer, à communiquer voire à surveiller les acteurs impactés par notre projet réclame d'être fin stratège!

§  Gérer les risques : il faut chasser l'habitude de régler les problèmes «quand on sera rendu à la rivière» au profit d'une démarche préventive d'identification des risques potentiels, d'évaluation de leur impact sur notre projet (objectifs, délais, qualité, etc.) et de l'élaboration d'un plan de mitigation.

§  Composer avec l'incertitude : sans un minimum de tolérance et de patience, notre qualité de vie  diminue à coup sûr!

Bref, pour développer ces multiples savoirs, savoir-faire, savoir-être et, ultimement, savoir-apprendre, rien de mieux, selon moi, que de se lancer véritablement dans l'aventure!


Références
Bédard, M.G., Dell'Aniello, P. et D. Desbiens (2005) La méthode des cas, 2e édition, Montréal : Gaëtan Morin Éditeur.

Branch, R.M. (2009) Instructional Design: The ADDIE Approach. New York City: Springer. 

Endrizzi, L. (2012). Les technologies numériques dans l’enseignement supérieur entre défis et opportunités. Dossier d’actualité veille et analyse IFE. Récupéré le 7 mars 2017 du site : http://ife.ens-lyon.fr/vst/DA/detailsDossier.php?dossier=78&lang=fr   

Engwall, M. et A. Jerbrant (2003) The resource allocation syndrome : the prime challenge of multi-project management? International Journal of Project Management, 21 (6), 403-409.

Freeman, S., Eddy, S.L., McDonough, M., Smith, M.K., Okoroafor, N, Jordt, H. et M.P. Wenderoth (2014) Active learning increases student performance in science, engineering, and mathematics, Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, 111 (23), 8410-8415.

Sanséau, P.-Y. (2005) Les récits de vie comme stratégie d'accès au réel en sciences de gestion : pertinence, positionnement et perspectives d'analyse, Recherches Qualitatives, 25(2), 33-57.

Thomas, J. et T. Mengel (2008) Preparing project managers to deal with complexity – Advanced project management education, International Journal of Project Management, 26 (3), 304-315.

Université du Québec à Montréal. Forum numérique 2017, 23-24 mars 2017, Montréal. Récupéré le 7 mars 2017 du site : https://forumnumerique.uqam.ca/a-propos/ 


mardi 17 janvier 2017

Défis et enjeux de l'enseignement dans un environnement numérique d'apprentissage (ENA)

Voilà venue l'heure des bilans. Avant de suivre ce premier de trois cours de pédagogie dans un environnement numérique d'apprentissage (ENA), je n'avais certes pas idée de tous ce qui m'attendait en termes de découvertes, d'expérimentations, de frustrations, d'apprentissages et d'investissement en temps. Cela tant de mon point de vue d'enseignante que d'apprenante, deux chapeaux qu'il nous a été fort judicieusement donné de porter au fil de la session Automne 2016.
Par conséquent, les défis et enjeux que je pointe aujourd'hui dans ce dernier billet de blog en DDD9651 touchent ces deux volets et vont globalement ainsi :

Défis et enjeux de l'enseignement dans un ENA
En tant qu'enseignante

En tant qu'apprenante
Me sortir du paradigme de l'enseignement magistral (Ménard et Saint-Pierre, 2014) et m'ouvrir vers des stratégies socio-technologiquement centrées (Forum, blog).

Suivre un cours pour la première fois à distance et accepter d'être désorientée du début à la quasi fin du cours (ergonomie du plan du cours sur Moodle).
Identifier les conditions favorables du recours aux TICE, constater qu'elles ne sont pas toutes au rendez-vous (ex. organisationnelles, logistiques, compétences, etc.) et ne pas me décourager.

Changer mes routines comportementales (ex. m'assigner et respecter un horaire-vrai), d'apprentissage (ressources en lignes) et environnementales (cesser de TOUT imprimer et recourir à des stratégies de traitement propres au numérique (Canal Savoir)).
Arrimer mes choix d'outils numériques à mes intentions pédagogiques préalablement identifiées (Gilliot, 2010).

Concilier une (auto-)formation continue de perfectionnement, en dépit de sa pertinence pour le contexte d'aujourd'hui (Bates, 2015), de niveau doctoral avec mes très prenantes obligations d'enseignante.
M'approprier et employer dument l'approche ADDIE et tenter de la diffuser auprès de mes collègues.

Croire qu'il n'est possible d'échanger que de façon encadré avec les pairs (billets) alors que le Forum est aussi propice à des échanges moins formels.
Accepter qu'il faut un certain temps pour apprendre les tenants et aboutissants des TICE (mais qu'il est aussi correct de procéder par essais-erreurs), les expérimenter, revenir sur l'expérience (réflexivité du praticien (Schön,1994)) et, pour améliorer le transfert en classe, rajuster le tir.

Composer avec la multiplicité de ressources intéressantes et si aisément accessibles en ligne, soit apprendre à contrôler ma soif de connaissances pour optimiser mes lectures / objectifs du cours.

En dépit de ces défis, j'éprouve tout de même une très grande satisfaction d'avoir vécu ces deux côtés de la médaille. Par exemple, en étant « passée par là », c'est de façon réfléchie que j'ai intégré deux activités numériques dans un cours de l'Hiver 2017 (partage d'une ressource en ligne et commentaire des pairs via le Forum et création d'une carte conceptuelle via cmaptools.com) et avec assurance que j'ai présenté à mes étudiants les avantages de ces outils pour leur apprentissage et aussi pu en rassurer certains devant leur résistance technologique en fonction de leurs compétences initiales.
Pour conclure, je peux affirmer que ce cours en fut un de défis mais aussi d'opportunités (Endrizzi, 2012) et qu'il me tarde d'investir celles-ci sur le terrain pour non seulement en mesurer la portée mais aussi pour en faire profiter mes futurs étudiants.

Références
Bates, A.W. (2015) Teaching in Digital Age. Tony Bates Associates Ltd. En ligne. Consulté le 17 janvier 2017. http://opentextbc.ca/teachinginadigitalage/
Canal Savoir. Démystifier les TIC. Capsules-ressources sur des thèmes tel : Ajouter des métadonnées aux documents numériques; Marquer et annoter des documents numériques; Collaborer en réseaux; Classer efficacement des documents numériques; Protéger son identité numérique, etc. En ligne. Consulté le 17 janvier 2017. http://www.canalsavoir.tv/emission/demystifier_les_TIC
Endrizzi, L. (2012). Les technologies numériques dans l’enseignement supérieur entre défis et opportunités. Dossier d’actualité veille et analyse IFE, 78, 30p. http://ife.ens-lyon.fr/vst/DA/detailsDossier.php?dossier=78&lang=fr
Gilliot, J.-M. (2010) Réseau social pédagogique: l'intention pédagogique avant tout. Techniques innovantes pour l'enseignement supérieur. En ligne. Consulté le 17 janvier 2017. https://tipes.wordpress.com/2010/12/13/reseau-social-pedagogique-lintention-pedagogique-avant-tout/
Ménard, L. et St-Pierre, L. (2014). Paradigmes et théories qui guident l’action. Dans Se former en pédagogie de l’enseignement supérieur (pp.17-34). Montréal : Collection PERFORMA AQPC.
Schön, D.A. (1994) Le praticien réflexif. Montréal : Les Éditions Logiques (traduit de The Reflexive Practionner par J. Heynemand et D. Gagnon). Montréal : Les Éditions Logiques.


samedi 19 novembre 2016

Évaluer dans un environnement numérique d'apprentissage

Évaluation et consultation des examens sur ordinateur : défis cherchent solutions

Par Marie-Claude Petit

Dans le cadre de ma pratique d'enseignement au 2e cycle, j'ai à évaluer deux examens (intra et final) à questions à développement de réponses moyennes à courtes (Nizet et al., 2016) directement à l'écran. Ces examens sont réalisés par les étudiants au laboratoire informatique.

Bien que cette façon de faire permette d'investir une plate-forme Moodle (aspect techno-pratique) et contribue à limiter la quantité de papier à imprimer (aspect écologique), elle soulève certains problèmes pour lesquels j'aimerais bien, à court terme, trouver une solution. Question d'améliorer significativement mon expérience en la matière et de mieux soutenir l'apprentissage des mes étudiants (aspect pédagogique).

À titre d'illustration, voici les tenants et aboutissants (ou défis) du processus d'évaluation en contexte numérique par groupe-cours pour une session-type, tel que je le vis.


Cas des examens
Tenants
Deux examens (intra et final) de cinq à sept questions générales chacun (chaque question peut compter plusieurs sous-questions).
Les réponses : des tableaux (questions rattachées à un cas) ou paragraphes (questions théoriques, développement non limité en terme de longueur).
x 25 étudiants = 200 pages de lecture et d'annotation à l'écran.
Copies évaluées à partir du fichier .docx (pas d'impression) et non remises aux étudiants (que consultation du fichier) pour éviter des « fuites » d'une session à l'autre.



Aboutissants 

Positifs (+)
et
négatifs (-)
Pour l'enseignant
+ Peu ou pas de papier (quelques
copies imprimées pour les étudiants
qui le préfèrent)
- Nécessite rédaction d'une marche à suivre claire pour récupérer, réaliser et déposer le fichier de l'examen sur Moodle
- Logistique en laboratoire (réservation, couper accès wi-fi, surveiller le plagiat)
- Fatigue oculaire/écran
- Communication en 2 temps : oralement en classe et sur rendez-vous (consultation individuelle/fichier)
- Dégager et coordonner du temps hors classe pour la consultation
Pour les étudiants
+ Flexibilité (écrire à l'ordinateur) pour Génération Y
- Nécessite adaptation (examen sur ordinateur versus sur table)
- Nécessite habiletés sur Word (défi pour certains de la Génération X)
- Marche à suivre ajoute complexité en temps de stress
- Environnement bruyant (25 claviers en même temps) / concentration plus difficile
- Coordonner disponibilité avec enseignant (moi) / consultation du fichier évalué


Tant pour moi professionnellement que pour mes étudiants, ce processus engendre son lot de stress, d'ajustements, d'insatisfactions et un investissement pédagogique supplémentaire (Nizet et al., 2016). Et, sait-on jamais, pour les étudiants habitués sur papier, de moins bons résultats (Devauchelle, 2016)?

Mais plus encore, c'est avec désarroi que je remarque combien la logistique prime sur la plus value pédagogique!

D'où mon questionnement : comment me serait-il possible d'améliorer ma pratique évaluative au réel profit des étudiants (ex. rétroaction et encadrement) dans un contexte où les modalités de passation, d'évaluation et de communication des résultats qui prévalent ne sont pas en mon pouvoir?

Aussi, tout en acceptant le choix technologique pour l'évaluation, comment concilier les préoccupations d'ordre administratif, écologique et pédagogique des parties prenantes en présence sans créer d'incident diplomatique?

Enfin, comme les fichiers d'examen ne peuvent être remis aux étudiants, une grille à échelle descriptive (Stockless, 2016) ne pourrait-elle pas, une fois complétée, faire office de document à (minimalement) remettre aux étudiants lors du retour sur l'évaluation de l'examen en question?  

Je ne suis pas la seule à me poser des questions sur l'évaluation avec le numérique. Au moment d'écrire ce billet, l'ADMME-Canada tient sa 38e session d'études sur le thème Enjeux et défis de l'évaluation à l'ère du numérique (ADMME-Canada, 2016).

Cependant, cette problématique de « consultation encadrée des fichiers numériques (sans remise matérielle) » et ses effets sur l'enseignement et l'apprentissage ne fait pas l'objet d'une présentation. Peut-être y a-t-il là une opportunité d'étude?

Références
ADMME-Canada. Enjeux et défis de l'évaluation à l'ère du numérique en salle de classe et à distance. Colloque annuel de l'Association pour le développement des méthodologies d'évaluation en éducation, 17 et 18 novembre 2016, Hôtel Grand Times Sherbrooke. Tiré de : https://admee.ca/colloque-annuel/.
Devauchelle, B. (2006) Le numérique et les examens. Le Café pédagogique. Tiré de : http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2016/03/25032016Article635944870331236910.aspx.
Stockless, A. (2016) Introduction à l'évaluation des apprentissages, PCPUN Exploiter le numérique en enseignement supérieur, UQÀM vidéo. Tiré de : https://www.moodle2.uqam.ca/coursv3/mod/uqamvideo/view.php?id=682618
Nizet, I., J.L. Leroux, C. Deaudelin, S. Béland et J. Goulet (2016) Bilan de pratiques évaluatives des apprentissages à distance en contexte de formation universitaire. Revue internationale de pédagogie de l'enseignement supérieur, 32(2), 25 pages.