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samedi 19 novembre 2016

Évaluer dans un environnement numérique d'apprentissage

Évaluation et consultation des examens sur ordinateur : défis cherchent solutions

Par Marie-Claude Petit

Dans le cadre de ma pratique d'enseignement au 2e cycle, j'ai à évaluer deux examens (intra et final) à questions à développement de réponses moyennes à courtes (Nizet et al., 2016) directement à l'écran. Ces examens sont réalisés par les étudiants au laboratoire informatique.

Bien que cette façon de faire permette d'investir une plate-forme Moodle (aspect techno-pratique) et contribue à limiter la quantité de papier à imprimer (aspect écologique), elle soulève certains problèmes pour lesquels j'aimerais bien, à court terme, trouver une solution. Question d'améliorer significativement mon expérience en la matière et de mieux soutenir l'apprentissage des mes étudiants (aspect pédagogique).

À titre d'illustration, voici les tenants et aboutissants (ou défis) du processus d'évaluation en contexte numérique par groupe-cours pour une session-type, tel que je le vis.


Cas des examens
Tenants
Deux examens (intra et final) de cinq à sept questions générales chacun (chaque question peut compter plusieurs sous-questions).
Les réponses : des tableaux (questions rattachées à un cas) ou paragraphes (questions théoriques, développement non limité en terme de longueur).
x 25 étudiants = 200 pages de lecture et d'annotation à l'écran.
Copies évaluées à partir du fichier .docx (pas d'impression) et non remises aux étudiants (que consultation du fichier) pour éviter des « fuites » d'une session à l'autre.



Aboutissants 

Positifs (+)
et
négatifs (-)
Pour l'enseignant
+ Peu ou pas de papier (quelques
copies imprimées pour les étudiants
qui le préfèrent)
- Nécessite rédaction d'une marche à suivre claire pour récupérer, réaliser et déposer le fichier de l'examen sur Moodle
- Logistique en laboratoire (réservation, couper accès wi-fi, surveiller le plagiat)
- Fatigue oculaire/écran
- Communication en 2 temps : oralement en classe et sur rendez-vous (consultation individuelle/fichier)
- Dégager et coordonner du temps hors classe pour la consultation
Pour les étudiants
+ Flexibilité (écrire à l'ordinateur) pour Génération Y
- Nécessite adaptation (examen sur ordinateur versus sur table)
- Nécessite habiletés sur Word (défi pour certains de la Génération X)
- Marche à suivre ajoute complexité en temps de stress
- Environnement bruyant (25 claviers en même temps) / concentration plus difficile
- Coordonner disponibilité avec enseignant (moi) / consultation du fichier évalué


Tant pour moi professionnellement que pour mes étudiants, ce processus engendre son lot de stress, d'ajustements, d'insatisfactions et un investissement pédagogique supplémentaire (Nizet et al., 2016). Et, sait-on jamais, pour les étudiants habitués sur papier, de moins bons résultats (Devauchelle, 2016)?

Mais plus encore, c'est avec désarroi que je remarque combien la logistique prime sur la plus value pédagogique!

D'où mon questionnement : comment me serait-il possible d'améliorer ma pratique évaluative au réel profit des étudiants (ex. rétroaction et encadrement) dans un contexte où les modalités de passation, d'évaluation et de communication des résultats qui prévalent ne sont pas en mon pouvoir?

Aussi, tout en acceptant le choix technologique pour l'évaluation, comment concilier les préoccupations d'ordre administratif, écologique et pédagogique des parties prenantes en présence sans créer d'incident diplomatique?

Enfin, comme les fichiers d'examen ne peuvent être remis aux étudiants, une grille à échelle descriptive (Stockless, 2016) ne pourrait-elle pas, une fois complétée, faire office de document à (minimalement) remettre aux étudiants lors du retour sur l'évaluation de l'examen en question?  

Je ne suis pas la seule à me poser des questions sur l'évaluation avec le numérique. Au moment d'écrire ce billet, l'ADMME-Canada tient sa 38e session d'études sur le thème Enjeux et défis de l'évaluation à l'ère du numérique (ADMME-Canada, 2016).

Cependant, cette problématique de « consultation encadrée des fichiers numériques (sans remise matérielle) » et ses effets sur l'enseignement et l'apprentissage ne fait pas l'objet d'une présentation. Peut-être y a-t-il là une opportunité d'étude?

Références
ADMME-Canada. Enjeux et défis de l'évaluation à l'ère du numérique en salle de classe et à distance. Colloque annuel de l'Association pour le développement des méthodologies d'évaluation en éducation, 17 et 18 novembre 2016, Hôtel Grand Times Sherbrooke. Tiré de : https://admee.ca/colloque-annuel/.
Devauchelle, B. (2006) Le numérique et les examens. Le Café pédagogique. Tiré de : http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2016/03/25032016Article635944870331236910.aspx.
Stockless, A. (2016) Introduction à l'évaluation des apprentissages, PCPUN Exploiter le numérique en enseignement supérieur, UQÀM vidéo. Tiré de : https://www.moodle2.uqam.ca/coursv3/mod/uqamvideo/view.php?id=682618
Nizet, I., J.L. Leroux, C. Deaudelin, S. Béland et J. Goulet (2016) Bilan de pratiques évaluatives des apprentissages à distance en contexte de formation universitaire. Revue internationale de pédagogie de l'enseignement supérieur, 32(2), 25 pages.

mercredi 9 novembre 2016

Pédagogie active

De la pertinence d'apprendre en faisant et en naviguant

Par Marie-Claude Petit

À deux reprises, cette session-ci, mes étudiants de 1er cycle en gestion de projet ont pu apprendre en expérimentant.

Plutôt que de leur transmettre de la théorie via des diapositives et, pour l'application, leur demander de résoudre un cas, j'ai opté pour leur faire vivre des situations authentiques alliant motricité et intellect (Legendre, 2005) qu'ils ne sont certes pas prêts, je crois, d'oublier. J'en veux ici pour preuve les liens de cause à effet qu'ils font beaucoup plus aisément et rapidement d'une séance à l'autre depuis (Ertmer et Newby, 2013; Tardif, 1197)!

La première activité, appelée Conception, visait à développer le savoir-faire dans le contexte d'un mandat de conception nouvellement confié à une équipe projet. La seconde, appelée Estimation, visait à développer un autre savoir-faire essentiel en gestion de projet, soit la capacité d'estimer au plus prêt la durée et le cout d'un projet (PMI, 2013).

Dans les deux cas, des blocs Lego faisait office de matériel pédagogique. Le numérique ne fut cependant utilisé que dans le cadre de l'activité Estimation. Pourquoi? En raison des objectifs pédagogiques poursuivis, ce support s'avérait beaucoup plus pertinent dans le second contexte.

Dans le cadre de l'activité Conception, les équipes d'étudiants devaient construire, en 20 minutes, une structure en Lego, au profit d'un Client d'un domaine volontairement non spécifié. En guise de consignes de départ, les critères d'évaluation suivants avaient été énoncés : hauteur, stabilité, équilibre et esthétisme. En cours de réalisation, les équipes recevaient de nouvelles consignes du Client et devaient apporter des modifications structurelles (et organisationnelles) parfois majeures.

Pour l'activité d'Estimation, les équipes devaient estimer – sur la base d'un Plan, d'une Description ou d'une Image un moyen de transport, combien de temps et de main-d'œuvre il leur faudrait pour construire ledit véhicule (environ 100 pièces). Pour ce faire, et limiter les biais, le choix des techniques d'estimations (ex. agrégées, détaillées) était laissé à leur discrétion. Les critères d'évaluation étaient : maquette du produit terminée, fidélité au modèle original. La durée de réalisation (idéalement 10 minutes sur les 20 allouées) était volontairement tue.

Aux fins de l'activité Conception, j'aurais pu demander aux équipes d'utiliser un logiciel de construction (ex. Create and share, sur lego.com). Mais comme l'apprentissage visé relevait davantage du savoir-faire humain/humain plutôt que du savoir-faire technologique, j'ai laissé tomber. En conception de projet, au moment de la réception d'un mandat notamment, il est primordial qu'une équipe projet s'empresse de clarifier de vive voix les exigences du Client et de valider sa compréhension (Corriveau, 2007). Devant un ordinateur, les étudiants n'auraient pas davantage eu ce réflexe professionnel. Et sans doute auraient-ils également tous construit des tours!1

Par ailleurs, le recours au numérique fut pertinent lors de l'Estimation. Davantage pour les équipes Description et Image. Comme l'une des stratégies d'estimation de durée et de cout consiste à consulter des données de projets similaires (Lewis, 2011; Nelson et Morris, 2014), ces équipes pouvaient augmenter leur chance de livrer un produit à satisfaction en allant sur Internet trouver de l'information tel… le Plan exact de leur modèle!

Au final, une seule équipe s'est « éternisée » et a livré un produit loin des attentes initiales, faute d'avoir eu accès à Internet à l'instar des autres équipes Description et Image. Preuve que l'usage du numérique comportait, dans le cadre de cette seconde activité, un avantage bien réel.

Morale : même si l'on est un enseignant technophile, ce sont les intentions pédagogiques qui doivent guider nos choix d'intégrer ou non et/ou dans quelle mesure le numérique.

1 Le produit auquel s'attendait le Client était un… porte-crayons sur base!

Références

Corriveau, G. (2007) Exceller dans la gestion de projet. Montréal : Les Éditions Transcontinental.
Ertmer, P.A. et Newby, T.J. (2013) Behaviorism, Cognitivism, Constructivism : comparing Critical Features from an Instructional Design Perspective. Performance Improvement Quarterly, 26(2), 43-71.
Lewis, J.P. (2011) Project Planning, Scheduling and Control. McGraw Hill.

Nelson, R.R. et Morris, M.G. (2014) IT Projects Estimation: Contemporary Practices and Management Guidelines, MIS Quarterly Executive, 13 (1), 15-30.
Pédagogie active. (2005) Dans R. Legendre, Dictionnaire actuel de l'éducation. Montréal : Guérin.
Project Management Institute (2013) A Guide to the Project Management Body of Knowledge, 5e édition, Pensylvanie : PMI.
Tardif, J. (1997) La construction des connaissances. Pédagogie collégiale, 11(2), 14-19.