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vendredi 30 septembre 2016

Les apprenants du 21e siècle :
Pourquoi et comment s'y adapter professionnellement?

Par Marie-Claude Petit

17h30, un soir de cours de 1er cycle à l'ESG-UQÀM. Une poignée d'étudiants ponctue l'amphithéâtre gris-beige de quelque 200 places grinçantes. Impression crue d'être dans une classe de Wesch (2007). Je les salue. Seul deux sourires me répondent.
18h00. Mes 60 étudiants arrivés, j'annonce qu'ils expérimenteront le tutorat (Baudrit, 2007, Papi, 2013). Visages interrogatifs mais attitudes non rébarbatives. Une heure trente plus tard, chacun était expert d'un concept donné en gestion de projet. Modus operandi? Lecture individuelle sur un des concepts pré-assignés, entente en groupe de six sur une définition commune du concept, formation de six nouveaux groupes de six où, à tour de rôle, chacun présente son concept, puis retour en grand groupe pour consolider avec moi la matière.
Sans technologie autre que l'ordi et le projecteur (consignes), j'ai permis à tous mes étudiants de comprendre et de définir une série de concepts complexes et importants en gestion de projet. Par la bande, j'ai aussi tiré de leur léthargie des êtres humains épuisés par leur journée n'ayant, pour la majorité, pas eu le loisir de se préparer pour le cours. Car oui, tel que le rapportent Pageau et Bujold (2000), 80 % d'entre eux sont au certificat et travaillent de jour.
Le tout avec un ROI concluant : participation spontanée de tous, apprentissage prouvé en plénière, assistance record post-pause, francs remerciements pour avoir ainsi facilité la compréhension d'un concept difficile à saisir et cette confidence d'un étudiant au regard intelligent: « Jamais pendant mes trois ans de bacc. un prof m'a fait lever de ma chaise!».
Waouh!
Nos cohortes étudiantes diffèrent en effet de celles des années '50 à '70 (Ménard, n.d.). Leur manière ou disposition à apprendre aussi. Car à l'opposé de l'image d'Épinal de l'étudiant traditionnel, les apprenants québécois du 21e siècle concilient davantage, et non nécessairement volontairement, travail-études-famille. Ce contexte se complexifie en l'absence d'un choix adéquat de programme (Pageau et Bujold, 2000).
Devant cette situation – invariable à moyen terme, pourquoi donc persister à blâmer les étudiants de 1er cycle, à les étiqueter, à réprouver leur décision de poursuivre des études, à désespérer de leur rendement voire à démotiver devant leur « désengagement »? (Dyke et Deschenaux, 2008)
Aussi, pourquoi absolument croire que le numérique à l'école est une panacée quand des voix s'élèvent pour nuancer son recours (Karsenti et Fievez (2013), cité par Paré, 2016) ou le décrier? (Bihouix et Mauvilly, 2016)
Plutôt que d'émigrer illico dans le monde du digital (Prensky, 2001) pour panser ludiquement les plaies d'un système d'éducation qui ne « conviendrait plus », il y a davantage urgence, selon moi, à interroger nos pratiques actuelles (ex. comment se fait-il qu'un futur bachelier affirme ne jamais s'être « levé » pendant sa formation?).
La lenteur de l'institution universitaire à s'adapter aux étudiants d'aujourd'hui a ici peu à voir, selon moi, si on aborde la question d'un point de vue pédagogique versus technologique. Il est vrai cependant qu'en fournissant davantage de ressources-clés (matérielles, financières, temporelles) à ses enseignants (Dyke et Deschenaux, 2008), ses dirigeants leur permettraient d'avoir le temps de réfléchir, concevoir et activer des stratégies pédagogiques plus probantes en termes d'apprentissage, innovantes aux yeux des étudiants et, peut-on espérer, favorisant la persévérance scolaire jusqu'à la diplomation.

Références
Baudrit, A. (2007) Le Tutorat, richesses d'une méthode pédagogique. Paris : De Bœck, 170 pages.
Bihouix, P. et Mauvilly, K (2016) Le désastre du numérique Plaidoyer pour une école sans écrans, Paris : Seuil, 240 pages.
Dyke, N. et Deschenaux, F. (2008) Principaux enjeux exprimés, chapitre 4 dans Enquête sur le corps professoral québécois. Faits saillants et question. Montréal : FQPPU, p. 27-37. Récupéré sur le site du FQPU : http://fqppu.org/assets/files/themes/corps_professoral/rapport_ccp_dyke_deschenaux_novembre_2008.pdf
Ménard, L. (n.d.) Le milieu universitaire québécois : d'hier à demain. Programme court de troisième cycle en pédagogie universitaire et environnement numérique d'apprentissage, UQAM-SAV, 7:49. Récupéré sur le site du Moodle du cours DDD9651 : https://www.moodle2.uqam.ca/coursv3/mod/uqamvideo/view.php?id=645858
Pageau, D. et Bujold, J. (2000) Dis-moi ce que tu veux et je te dirai jusqu'où tu iras. Les caractéristiques des étudiantes et étudiants à la rescousse de la compréhension de la persévérance aux études : analyse des données des enquêtes ICOPE, 1er volet : Les programmes de baccalauréat. Québec : Université du Québec, Direction du recensement étudiant et de la recherche institutionnelle. Récupéré sur le site de l'Université Québec : http://www.uquebec.ca/dreri-public/Rapport_detaille_bac.pdf

Papi, C. (coord.) (2013) Le tutorat de pairs dans l'enseignement supérieur : enjeux institutionnels, technopédagogiques, pyschosociaux et communicationnels. Paris : L'Harmattan, 260 pages.

Paré, I. (2016) Une éducation plus branchée, Le Devoir, les samedi 24 et dimanche 25 septembre 2016, A6-A7. Karsenti, T. et Fievez, A. (2013) L'iPad à l'école : usages, avantages et défis. Rapport préliminaire des principaux résultats. Montréal : CRIFTE. Récupéré du site de l'auteur : http://karsenti.ca/ipad/rapport_iPad_Karsenti-Fievez_FR.pdf

Prensky, M. (2001) Digital Natives, Digital Immigrants. On the Horizon, 9(5), 1-6. Récupéré du site de l'auteur : http://www.marcprensky.com/writing/Prensky%20-%20Digital%20Natives,%20Digital%20Immigrants%20-%20Part1.pdf

Wesch, M. (2007) A Vision of Students Today. @ Kansas State University : Digital Ethnography, 4 :44. Récupéré de You tube : https://www.youtube.com/watch?v=dGCJ46vyR9o



1 commentaire:

  1. Je pars de votre conclusion : il est vrai cependant qu'en fournissant davantage de ressources-clés (matérielles, financières, temporelles) à ses enseignants (Dyke et Deschenaux, 2008), ses dirigeants leur permettraient d'avoir le temps de réfléchir, concevoir et activer des stratégies pédagogiques plus probantes en termes d'apprentissage, innovantes aux yeux des étudiants et, peut-on espérer, favorisant la persévérance scolaire jusqu'à la diplomation, c’est tout à fait logique, si l’individu est mieux rémunéré, il sera plus productif, mais n’oubliant pas l’étudiant, et essayerons de notre position de chercher ce que l’étudiant du 21 siècle a besoin, nous essayerons comme vous l’avez cité au début de votre écrit, de réussir la leçon avec votre professionnalisme. Il est essentiel de réussir notre séance et notre vie professionnelle, même sous les contraintes matérielles, temporelles et financières, jusqu’à une réaction de l’administration responsable favorable au système éducatif, sans toute fois nier le fait de la sensibiliser. il me semble essentiel de signaler que la majorité des cours sont jusqu’à présent enseignés par le magistral, malgré les limites de cette méthode, dont la concentration des étudiants, leurs motivations, l’absence de l’évaluation d’apprentissage, la large distance entre l’enseignant et l’étudiant. Cependant, L’étudiant doit être actif dans la phase d’apprentissage, et la méthode pédagogique choisit doit stimuler les capacités de l’étudiant à mobiliser les connaissances acquises, à développer son raisonnement, à améliorer son jugement, et développer son expression, et surtout augmenter sa confiance en soi.
    Références
    Dyke, N. et Deschenaux, F. (2008). Enquête sur le corps professoral québécois. Faits saillants et questions. Montréal : FQPPU
    Ménard, L. et St-Pierre, L. (2014). Se former à la pédagogie de l’enseignement supérieur. AQPC. Collection Performa

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