Billet 1
Le vendredi 16 septembre 2016
Les changements de paradigmes en éducation
Par Marie-Claude Petit
La vidéo de Robinson (2010)
sur les changements de paradigmes interpelle l'enseignante que je suis avec
force. D'abord, parce que son auteur, en pointant l'origine, les tenants et
aboutissants du modèle d'enseignement qui prévaut dans nos sociétés
occidentales, m'amène à mieux comprendre pourquoi des acteurs du milieu de
l'éducation, en l'occurrence des enseignants et des étudiants universitaires,
le décrient aujourd'hui (Wesh, 2007).
Dit simplement, d'après Robinson
(2010), l'école tue la créativité des apprenants qui la fréquentent. En ce qui
me concerne, je suis bien d'accord avec cet expert reconnu mondialement qui fait
de la créativité et de l'innovation en éducation son cheval de bataille (http://sirkenrobinson.com). Le modèle des
cours dispensés dans les classes de gestion, par exemple et d'après mon
expérience, les types de productions exigés et les grilles d'évaluation des
travaux et examens laissent peu sinon aucune chance aux étudiants qui
voudraient penser « hors de la
boite » (de Bono, 2013).
Plus précisément, au niveau
des travaux dans les cours que je suis appelée à dispenser en gestion de
projet, passer outre pour la phase de conception, où la créativité est
franchement encouragée, ceux portant sur les phases de planification, de
réalisation et de terminaison ont malheureusement tôt fait de l'étouffer. Le
processus de suivi et de contrôle aidant bien entendu. Au-delà de ma façon
d'enseigner, je vois difficilement comment je pourrais changer cette situation.
D'autre part, c'est la vidéo
en elle-même qui attire mon attention. En droite ligne avec le propos de
Robinson au sujet de l'expérience esthétique versus anesthésiante que peut
vivre un être humain dans une situation donnée, celle-ci combine savamment un
cours magistral, l'art graphique et la technologie.
À mon avis, ce document
possède tout pour plaire à ses destinataires, jeunes et moins jeunes, adeptes ou
non de Facebook en classe. À l'instar d'une pièce de théâtre, cette capsule vient
simultanément stimuler plus d'un sens. Rien à voir avec un cours magistral
traditionnel, qu'il soit encapsulé ou en présence.
Serait-ce une alternative de
choix pour détourner les yeux des étudiants de ce qui se passe sur la scène du
WWW pendant que nous enseignons? Peut-être. Car à moins d'être un enseignant
doté d'un talent d'acteur pour clamer de façon extraordinaire un scénario
pédagogique, rares sont les moments où nous captons 100 % de l'attention
des étudiants. Du moins, via le modèle
actuel d'enseignement.
Même moi, je décrocherais des gestes
et paroles mesurés d'un enseignant qui débiterait machinalement les éléments
d'un Power Point© voire qui n'emploierait aucune formules pédagogiques actives (Marquis
et al., 1995) pour stimuler mon apprentissage.
Ainsi, par son contenu
diversifié, cette vidéo de 11 minutes m'ouvre à la possibilité, en tant
qu'enseignante, de sortir des sentiers battus, soit du modèle magistral par
lequel j'ai appris, et d'offrir à mes étudiants une capsule théorique audacieuse,
dynamique et accrocheuse.
Mais pour y parvenir encore
faudrait-il trouver des ressources. Ne serait-ce, par exemple, que pour
embaucher un facilitateur graphique d'expérience disposé à jouer le jeu
(Lebelle et al., 2013). Enfin, sait-on jamais, peut-être ai-je moi-même des
talents d'illustratrice pour me lancer dans un premier jet?! Le cas échéant, je
me vois fort bien, dans ce programme-ci, monter ma première capsule multisensorielle
au profit de mes étudiants de 1er et 2e cycle en gestion
de projet.
Références :
De Bono, E. (2013) La
boite à outils de la créativité (Laurence Nicolaïeff). Paris, Paris :
Eyrolles (Ouvrage original publié en 1992 sous le titre Serious Creativity. Toronto, Ontario : The McQuaig Group
Inc.).
Lebelle, Bernard et Lagane, G. (2013) Dites-le en images.
Paris, Paris : Eyrolles.
Marquis, D., Lavoie, L. et Chamberland, G. (1995) 20 formules pédagogiques. Sainte-Foy,
Québec : Presses de l'Université du Québec.
Robinson, K. (2010) Changing education paradigms, RSA
Animated. Récupéré le 15 septembre 2016 du site : TED Ideas worth
spreading : https://www.ted.com/talks/ken_robinson_changing_education_paradigms
Wesh, M. (2007) A
Vision of Students Today. Kansas State University. Récupéré le 15 septembre
2016 du site You Tube : https://www.youtube.com/watch?v=dGCJ46vyR9o
Bonjour Marie-Claude !
RépondreSupprimerJ’ai bien apprécié la lecture de ton billet de blogue. Je partage ton désarroi quant à la rigidité des évaluations qui sabotent souvent les tentatives d’éveiller les étudiants à autres choses qu’à la reproduction-imitation de savoirs prédéfinis. Cela dit, il existe plusieurs pistes de solution dans la littérature sur l’évaluation, sur l’expertise et sur les compétences. Je crois que c’est à nous, en tant qu’enseignants, d’oser proposer des évaluations audacieuses et d’en montrer la pertinence pour faire tranquillement changer les choses.
Je crois cependant qu’il y a un piège à vouloir faire concurrence aux TICs sur leur terrain. Il y a quelque chose d’inquiétant s’il faut envisager produire un film chaque fois qu’on veut enseigner quelque chose ! La vidéo est certes intéressante et innovante, mais en termes de conceptualisation (Barth, 1993) et d’explication du savoir, elle reste au stade de l’exposé. Je ne pense pas qu’elle puisse prétendre à un degré d’appropriation élevé (Buysse et Vanhulle, 2009) ni à un apprentissage profond des concepts qui y sont présentés. À mon avis, la solution n’est pas de tenter de faire concurrence aux TICs en clamant un scénario, mais plutôt de rendre les étudiants réellement actifs et engagés dans leur apprentissage que ce soit en présence ou à distance.
Cela dit, l’expérience d’illustrer une notion théorique vaut certainement la peine d’être faite… ou demandée à ses étudiants !
Références
Barth, B.-M. (1993). Le savoir en construction. Former à une pédagogie de la compréhension. Paris : Retz Nathan.
Buysse, A. et Vanhulle, S. (2009). Écriture réflexive et développement professionnel: quels indicateurs? Questions vives, 5(11), 225‑242.
Ta remarque sur la technique utilisée dans le vidéo de Robinson est très intéressante. On appelle cette technique White board animation, qu’on pourrait traduire par animation sur tableau blanc, ou ATB (quelqu’un a une meilleure idée?). Cette technique a été popularisée par la RSA (Royal Society of Arts), et je l’ai toujours trouvée assez fascinante. Elle se distingue avantageusement de l’approche traditionnelle de la « tête parlante » (talking head ), si chère aux producteurs de MOOC qui n’ont pas compris que de simplement encapsuler un cours magistral pour le mettre en ligne offre vraiment le pire de deux mondes. Intuitivement, on sent que cette technique est excellente pour attirer et retenir l’attention. Le psychologue Richard Wiseman affirme que l’ATB permet d’augmenter l’apprentissage comparativement à un vidéo « traditionnel » où ne voit que la personne qui s’exprime oralement (dans un subtil exercice de mise en abîme, quelqu’un a fait une ATB à partir du segment de vidéo traditionnel d’une conférence de Wiseman sur le sujet). Cela dit, les résultats expérimentaux de Wiseman n’ont jamais été publiés, donc à prendre avec un grain de sel.
RépondreSupprimerEn présumant que l’efficacité de cette technique s’avère, il y a aussi le problème de sa mise en application. Il existe en fait des applications qui permettent la réalisation d’ATB. Il y a en particulier la plate-forme Videoscribe, utilisée avec succès par le projet Wireless Philospohy (Mehmet, 2015). J’ai moi-même commencé à développer du matériel avec Videoscribe pour un cours hybride. Je t’offre en primeur ma première œuvre. Trop tôt encore pour juger de l’efficacité de ce matériel, mais ça sera sûrement plus intéressant que d’avoir simplement ma binette à l’écran, avec ou sans Powerpoint.
Les applications comme Videoscribe sont loin d’être une panacée. La maîtrise de l’outil exige un investissement important en temps et en efforts. Et là encore, on est loin des vidéos de la RSA. Il faut plus qu’un traitement de texte pour faire un bon auteur, tout comme il faut qu’une application graphique pour faire un bon artiste graphique.
Finalement, je me permets de répondre aux commentaires de Michaël. Je suis tout à fait d’accord qu’on reste ici au niveau de l’exposé. Il s’agit donc de faire une utilisation judicieuse de cet outil.
Mehmet, Daniel. 2015. «Q&A: Paul Henne and Gaurav Vazirani, animated philosophy pioneers». Sparkol. En ligne. . Consulté le 21 septembre 2016.
J'ai apprécié votre raisonnement a propos de ce sujet. En effet, nous s’attendons tous élève parent enseignant, à des changements, dans le système éducatif actuel afin de résoudre la crise présente surtout du décrochage scolaire, la non motivation de nos étudiants, alors vers un nouveau paradigme. Mais cela ne peut se faire d’un jour à un autre, donc de notre position comme enseignant, nous sommes en partie responsable de cette crise et nous devons revoir les méthodes d’enseignement que nous adoptons en vue d’une première réaction.
RépondreSupprimerNous devons susciter l'intérêt des étudiants, traiter notre matière avec enthousiasme, de satisfaire les attentes élémentaires des étudiants, et de valoriser la matière enseignée, et cela en plus de tous les actes pédagogiques que nous devons respecter dans la planification de nos cours. Créer du dynamisme lors de la séance, présenter le cours sous forme d’exposé interactif, ou étude de cas par exemple, laisser les étudiants travailler par groupe, ça leur permet d’interagir, mais je comprends bien que la contrainte temps et contenu de matière que nous devons terminer, ne nous permet pas dans la plupart du temps d’être créative.
Tout à fait d’accord avec votre opinion l’école tue la créativité des apprenants qui la fréquentent. Quelle est alors notre mission comme enseignant, le changement peut se faire au moins au sein des matières dont le contenu le permet. L’étudiant doit sentir que l’enseignant est motivé par le contenu de la matière, qu’il le maitrise bien, qu’il est créatif, qu’il est productif, ainsi nous l’encourageons à sentir l’importance du contenu et sera motivé à l’apprentissage.
Nous pouvons donc commencer à contribuer à la résolution de cette crise en attendant un vrai changement de paradigme éducatif.